Selon une enquête publiée par openDemocracy, Amazon utiliserait un système d'analyse de données interne pour évaluer le risque d'organisation syndicale dans ses entrepôts au Royaume-Uni. L'outil, qui agrégerait des indicateurs tels que le taux de rotation du personnel, les plaintes des employés ou des données démographiques locales, permettrait à l'entreprise de classer ses sites selon leur probabilité de voir émerger une activité syndicale. Plusieurs entrepôts, notamment à Birmingham, Coventry et Sutton Coldfield, seraient mentionnés dans les documents consultés par les journalistes.
Ce type de dispositif s'inscrit dans une pratique plus large de surveillance algorithmique du travail, déjà documentée aux États-Unis où Amazon avait été accusée par le passé de suivre l'activité syndicale via des outils similaires, notamment autour du site de Bessemer en Alabama. Au Royaume-Uni, le mouvement syndical GMB a mené plusieurs campagnes de reconnaissance syndicale dans des entrepôts Amazon, avec un succès mitigé, les salariés votant parfois contre la syndicalisation après des campagnes internes intenses menées par l'entreprise.
Amazon n'a pas démenti publiquement l'existence de tels outils mais affirme généralement que ses pratiques de gestion des ressources humaines visent à anticiper les besoins opérationnels et non à réprimer la liberté syndicale. Les défenseurs des droits des travailleurs estiment cependant que l'utilisation de systèmes d'IA pour anticiper ou neutraliser l'organisation collective pose un problème de transparence et pourrait contrevenir aux principes de liberté d'association reconnus par le droit du travail britannique et international.
Cette affaire illustre une tension croissante entre l'usage de l'intelligence artificielle dans la gestion du personnel et les droits collectifs des salariés. Elle relance également le débat sur la nécessité d'un encadrement réglementaire spécifique pour les outils de surveillance algorithmique en milieu professionnel, un sujet que le Royaume-Uni n'a pour l'instant pas traité de manière aussi stricte que certains cadres proposés au sein de l'Union européenne.