Depuis plus de trente ans, un détail discret dans les spécifications des courbes elliptiques standardisées par le NIST, dont P-256, intrigue les cryptographes. Chaque courbe est accompagnée d'une valeur de « graine » en apparence aléatoire, dont l'origine n'a jamais été documentée. Cette opacité a nourri des soupçons persistants selon lesquels la NSA aurait pu choisir ces nombres de manière délibérée, potentiellement pour y dissimuler une faiblesse. Jusqu'ici, personne n'avait pu démontrer quel processus, s'il en existait un, avait généré ces graines.
Selon Anthropic, ce mystère serait désormais en grande partie résolu grâce à Claude. En collaboration avec le chercheur indépendant en cryptographie Filippo Valsorda, l'équipe d'Anthropic a utilisé le modèle pour rechercher des chaînes de caractères plausibles qui, une fois passées par la fonction SHA-1, reproduiraient exactement les valeurs de graines publiées. Il s'agit d'un problème classique de recherche exhaustive : l'espace des phrases candidates est immense, et seule une préimage correcte produit un résultat de hachage identique bit à bit.
Le résultat annoncé est que Claude a permis de faire émerger des candidats liés à des sources banales et traçables, plutôt qu'à un quelconque mécanisme suggérant une faiblesse conçue secrètement. Anthropic présente ce travail comme la preuve qu'un modèle de langage généraliste peut apporter une contribution concrète à des tâches de recherche très techniques en cryptographie, un domaine où la recherche manuelle exhaustive restait souvent la seule option.
Les implications pratiques en matière de sécurité restent limitées : la robustesse de P-256 face aux attaques connues ne dépend pas de l'origine de sa graine, et aucune cryptanalyse crédible n'a jamais reposé sur l'hypothèse d'une porte dérobée. L'intérêt principal de cette annonce tient davantage à la méthode qu'au résultat lui-même : une question ouverte depuis des décennies en cryptographie appliquée semble avoir progressé non pas grâce à une nouvelle avancée mathématique, mais par une recherche combinatoire et historique assistée par l'IA, un schéma qui pourrait se reproduire pour d'autres standards mal documentés.
Il faut noter que ce récit provient du blog de recherche d'Anthropic lui-même, décrivant des travaux menés avec Filippo Valsorda, dont la publication séparée constitue la source originale de l'enquête. Une vérification indépendante et un examen par les pairs des préimages exactes identifiées seront nécessaires avant de considérer ce mystère comme totalement résolu.