Une enquête de Nikkei Asia met en lumière l'ampleur croissante de l'endettement hors bilan contracté par les géants technologiques américains pour financer la course aux infrastructures d'intelligence artificielle. Ce montant, qui n'apparaît pas directement dans les comptes publiés des entreprises, serait passé d'environ 1700 milliards à 3200 milliards de dollars en l'espace de six mois, soit une progression de 90%.
Cette dette dite « cachée » renvoie principalement à des montages financiers complexes : coentreprises avec des fonds de capital-investissement, véhicules ad hoc (special purpose vehicles) et contrats de location longue durée utilisés pour financer la construction de centres de données et l'achat de puces. Ces structures permettent aux grands groupes technologiques de continuer à investir massivement dans l'IA sans alourdir directement leur bilan ni dégrader leurs ratios financiers classiques, tout en engageant des sommes considérables sur plusieurs années.
Cette tendance alimente les interrogations sur la soutenabilité du boom actuel des dépenses liées à l'IA. Les investissements dans les centres de données, les semi-conducteurs et l'énergie nécessaire à leur fonctionnement ont atteint des niveaux inédits, portés par la concurrence entre acteurs comme Microsoft, Meta, Google, Oracle ou Amazon pour sécuriser des capacités de calcul. Le recours croissant à des financements externes, souvent adossés à des revenus futurs incertains, inquiète une partie des analystes financiers quant au risque systémique que représenterait un ralentissement de la demande en IA.
Au-delà du chiffre lui-même, cette révélation s'inscrit dans un débat plus large sur la nature de la bulle d'investissement entourant l'intelligence artificielle. Si les revenus générés par les services d'IA ne suivent pas le rythme des dépenses d'infrastructure, ces engagements financiers hors bilan pourraient se transformer en vulnérabilité pour les bilans consolidés des groupes concernés, ainsi que pour leurs partenaires financiers.