Le ministère chinois du Commerce (MOFCOM) a publié l'Annonce n°48, un texte analysé par la Cloud Security Alliance comme le premier dispositif chinois de contrôle à l'exportation visant explicitement les technologies d'intelligence artificielle de pointe. Jusqu'ici, les restrictions chinoises en matière de commerce technologique concernaient surtout les terres rares, certains équipements de fabrication de semi-conducteurs ou les technologies à double usage classiques. Cette annonce marque une inflexion : Pékin se dote désormais d'un cadre juridique spécifique pour encadrer la sortie de capacités liées à l'IA avancée.
Ce mouvement s'inscrit dans un contexte de confrontation technologique prolongée entre la Chine et les États-Unis. Washington a multiplié depuis 2022 les restrictions à l'exportation de puces avancées et d'équipements de fabrication vers la Chine, invoquant des motifs de sécurité nationale. En retour, Pékin a déjà limité l'exportation de certains minéraux critiques utilisés dans l'industrie des semi-conducteurs. L'Annonce n°48 complète cet arsenal en ciblant potentiellement les modèles, composants logiciels ou briques technologiques jugés stratégiques, bien que les contours précis du champ d'application restent à préciser selon les premières analyses disponibles.
L'enjeu dépasse la seule rivalité bilatérale. Un régime chinois de contrôle à l'export sur l'IA pourrait redessiner les flux commerciaux mondiaux de technologies avancées, en particulier pour les pays tiers qui dépendent à la fois de composants chinois et de technologies occidentales. Les entreprises technologiques opérant en Chine, ou dont les chaînes d'approvisionnement transitent par le pays, devront surveiller de près la mise en œuvre pratique de ce texte, notamment les listes de produits et de destinataires concernés.
Cette annonce illustre une tendance de fond : la gouvernance de l'IA ne se joue plus seulement sur le terrain de l'éthique ou de la sécurité des modèles, mais de plus en plus sur celui du contrôle des chaînes de valeur technologiques entre grandes puissances. À mesure que les grandes économies cherchent à sécuriser leur autonomie stratégique sur l'IA, de tels dispositifs réglementaires pourraient se multiplier, avec un risque de fragmentation croissante de l'écosystème technologique mondial.