À l'occasion de GTC Berlin, NVIDIA a mis en avant plusieurs cas d'usage issus du secteur financier européen illustrant un mouvement vers des modèles à poids ouverts déployés en interne, plutôt que vers des services d'IA propriétaires accessibles uniquement par API. L'annonce regroupe des banques, des sociétés de paiement et des fournisseurs de données financières qui ont choisi de bâtir ce que NVIDIA appelle une « intelligence propriétaire » : des systèmes d'IA personnalisés, entraînés ou affinés à partir de modèles ouverts plutôt que dépendants exclusivement de fournisseurs tiers.
Revolut constitue l'exemple le plus détaillé cité par NVIDIA. La fintech restructure l'ensemble de sa pile technologique autour d'un modèle fondation unique, baptisé en interne PRAGMA, construit à partir de l'infrastructure de calcul accéléré de NVIDIA. L'entreprise utiliserait notamment la bibliothèque cuDF de NVIDIA, un outil de traitement de données accéléré par GPU, dans le cadre du pipeline alimentant ce modèle. L'annonce ne précise ni la taille, ni l'architecture, ni les cas d'usage spécifiques de PRAGMA.
Le discours plus large porté par NVIDIA lors de cet événement reflète une tendance de plus en plus visible dans les secteurs réglementés en Europe : la préférence pour des modèles dont les poids peuvent être hébergés sur site ou dans un cloud privé, plutôt que l'envoi de données financières sensibles à des fournisseurs d'API externes. Pour des banques et des sociétés de paiement soumises à des exigences strictes de résidence des données et d'auditabilité, exploiter des modèles ouverts sur une infrastructure détenue en propre offre davantage de contrôle sur la conformité, la latence et les coûts à long terme.
Cette annonce reste avant tout une opération de communication autour de la pile matérielle et logicielle de NVIDIA, construite sur des témoignages clients plutôt que sur de nouveaux produits indépendants. Elle n'en signale pas moins une évolution durable des stratégies d'IA en entreprise : les grandes institutions financières considèrent de plus en plus les modèles fondation comme une infrastructure à posséder et à personnaliser, et non comme un simple service par abonnement. Cette approche comporte ses propres défis, qu'il s'agisse des ressources d'ingénierie nécessaires pour affiner et maintenir de grands modèles ouverts, ou des structures de gouvernance requises pour valider leurs résultats dans des contextes réglementés. Reste à savoir si cela se traduira par des gains d'efficacité mesurables pour Revolut et ses pairs, au-delà du cadre promotionnel d'une conférence constructeur.